Expédition #3 - LES LOW TECH
Cette troisième Expédition s’est faite dans le cadre du Festival Zéro Déchet organisé par le SYMAT, Artpiculture et l’association Les Z’héros Déchets.
Nous avions envie de questionner notre rapport aux technologies en abordant le thème des LOW TECH !
Au programme : démonstration d’un four solaire, fabrication d’un frigo du désert et lecture d’un récit pour imaginer un monde Low Tech…
Four solaire en démonstration pendant l’expédition !
Grâce au soleil, les lentilles sont cuites !
Les Low Tech sont des objets, des systèmes, des techniques, des services, des savoir-faire, des pratiques, des modes de vie et même des courants de pensée, qui intègrent la technologie selon trois grands principes :
Utile. Accessible. Durable.
Utile : Faites le compte à la maison, autour de vous.. Combien de technologies répondent réellement à un besoin vital ? Les Low Tech privilégient la réponse aux besoins humains primaires : se nourrir, se loger, se chauffer, etc…
Accessible : Les Low Tech sont doublement accessibles car elles sont abordables en terme de coûts car essentiellement réalisées à partir de récupération, d’éléments simples. Elles sont également accessibles car réalisables par tous. Certes il faut apprendre à bricoler un peu, mais le principe de fond c’est de pouvoir se réapproprier les technologies. Sortir de cette “boîte noire” qu’on ne peut pas ouvrir, démonter ou refaire.
Durable : Les Low Tech favorisent le recyclage de matériaux, la réparabilité pour que l’usage soit prolongé.
Source de la définition : Low Tech Lab
Exemples de Low Tech :
— Le four solaire : cuire sa nourriture au rythme de la météo
— Les toilettes sèches : des toilettes qui ne consomment pas d’eau
— Le frigo du désert qui permet de garder au frais fruits et légumes sans électricité
Testez vos connaissances sur les Low Tech avec les quizz conçus pour cette expédition !
Et si on imaginait un monde où les Low Tech sont au cœur de nos vies !
Ici nous vous proposons un récit sous forme d’une lettre, fruit de notre imagination qui vise à mettre en scène les questionnements, les changements induits par les Low Tech. Ce récit s’inspire de lieux, de documents, initiatives réels.
Mes chers amis,
Je prends enfin le temps de vous écrire après plusieurs années de voyage et d’aventures pour vous raconter mon installation à Ibos. Peut-être avez-vous entendu parlé de cette petite ville lors du passage d’une caravane. Celles qui sillonnent nos territoires pour créer du lien entre nous et diffuser les solutions, les alternatives que nous expérimentons chacun dans nos communautés...
Il y a 10 ans, j’avais vu sur les réseaux sociaux la création d’un nouveau Tiers Lieu à Ibos, appelé Le Lien. C’était une friche industrielle comme notre pays en connaît de nombreuses et une poignée de citoyens avaient décidé de la faire revivre. Peu avant la Grande Coupure qui allait nous priver brutalement d’internet, j’avais vu que le collectif de bénévoles avaient commencé à mettre en place un Low Tech Lab et j’avais très envie de le visiter !
Lorsque que je vous ai quitté, nous traversions une période vraiment difficile. Les grandes canicules suivies des inondations ne nous laissaient que peu de répit. Je me rappelle que Marion et Jules essayaient de maintenir le jardin partagé que nous avions à la colloc. Ils étaient épuisés de chercher, tester de nouvelles variétés, de nouveaux outils pour utiliser le moins d’eau possible. J’essayais de les aider comme je pouvais mais je me rendais compte à quel point mes études d’ingénieur étaient inutiles. “Vous serez l’élite de la nation” C’est ce qu’ils nous avaient dit à la remise des diplômes ! Nous avions tous trouvé un job dans une grande entreprise. On était chefs de projets, chargés de mission innovation ! Sur le papier ça sonnait bien.. en vrai le monde de l’entreprise c’était l’enfer, et l’innovation, la créativité ça n’avait pas de sens !
Photo : Tiers Lieu Le Lien à Ibos (65) 2021
Je me souviens, avec Simon, je bossais comme un fou sur notre projet YesEnergy. On pensait qu’on allait changer le monde en créant une application qui permettrait d’ajuster nos consommations d’énergie à la maison ou au bureau en temps réel ! J’étais passionné !
Marion m’avait dit :
-Mais ton truc ça consomme plus d’énergie que ça t’en fait économiser ! C’est tout à fait symptomatique de notre schizophrénie actuelle ! On est en train d’installer partout la 5G pour ton application ! On nous explique par tous les moyens qu’il faut réduire nos consommations de ressources naturelles, mais les seules solutions qu’on nous propose sont pires encore ! Achetez mon appareil et vous réduirez votre consommation ! ça me désespère ! C’est comme l’effet rebont, plus on améliore les performances énergétiques de nos machines, plus on s’en sert ! N’est ce pas ubuesque ?
-Ubuesque carrément ! Ah Marion je sais que tu voudrais qu’on retourne à la bougie mais crois-moi avec des appli comme la mienne, je pense qu’on peut faire la différence et changer vraiment les comportements !
Est ce que j’ai vu venir la Grande Coupure ? Je ne pense pas.. au fond de moi, j’entendais bien les signaux, les problèmes de consommation d’énergie des serveurs, quelques pannes ici ou là, les tensions géopolitiques, mais je ne voulais pas voir tout ça.. Pourtant, à force de passer des soirées avec Marion, elle avait semé un peu de doute en moi et quelques temps avant la Grande Coupure je commençais à prendre un peu de distance vis à vis de mon projet ! D’ailleurs dans ma start up, ça ne se passait plus si bien que ça !
Finalement, j’avais commencé mon grand voyage un peu avant mon départ en me documentant sur les Low Tech et les Tiers Lieux que j’avais découverts au hasard de mes errances quotidiennes sur le net. C’est comme ça que j’ai trouvé cette carte des Archipels que je joins à ma lettre ! Il faut se représenter que chaque île est un territoire en France qui a commencé à semer des graines, des alternatives il y a plus de 10 ans. Ce sont des associations, des coopératives qui ont expérimenté tout un tas de choses : la production locale d’énergie, la permaculture, ils ont également construit des habitations qui ne consomment pas d’énergie et qui réutilisent les matériaux qu’on peut trouver à proximité !
Source de la carte : Low Tech Lab 2021
Pendant ce voyage, si vous saviez toutes les belles maisons que j’ai pu voir ! Il n’y en avait pas une qui ressemblait à l’autre ! Fini l’uniformisation du béton, l’industrialisation de nos bâtiments ! On retrouvait là des techniques anciennes de construction avec des murs en terre crue, et puis de nouvelles techniques issues de combinaisons de plusieurs savoir-faire ! Il existe des centres de Recherche et Développement sur les Low Tech. Toutes les innovations répondent bien sûr à un vrai besoin de la communauté et il n’y a pas de brevet, chacun peut s’en inspirer ! Comprenez, ces Low Tech font partie des communs que nous devons partager et protéger.
J’ai appris énormément pendant ce voyage et j’ai surtout appris à faire par moi même ! A ne plus compter sur la technologie, internet, et ne plus acheter quand c’est cassé ! Au début, j’ai vécu comme une crise de manque ! Surfer sur internet, ne pas m’embêter à réparer mais racheter la dernière version.. J’ai dû prendre sur moi ! Mais ça j’imagine que ce fût pareil pour tout le monde avec la Grande Coupure !
En naviguant dans cet archipel de Low Tech j’ai découvert à quel point la complexité de nos High Tech nous avait dépossédé de notre autonomie. Chercher une information, réchauffer un plat, reconnaître une plante, finalement nous avions tout abandonné à la technologie ! Pour gagner du temps, pour gagner de l’efficacité, pour gagner .. quoi au juste ?
A Ibos, nous avons vécu un basculement. Au début ils n’étaient qu’une vingtaine lorsque le Low Tech Lab s’est monté. Ils m’ont raconté les premiers ateliers pour créer du mobilier en palette et à partir de bois récupéré. Camille, la co-fondatrice du lieu m’a dit :
“Tu sais au début on voulait juste s’amuser et faire du mobilier pour pas cher ! Et puis on s’est rendu compte que nos ateliers intéressaient beaucoup de monde. Au-delà du bricolage, il y avait une réelle envie de faire des choses soit même et de façon à consommer le moins de ressources possible ! On a ouvert nos ateliers à d’autres, et finalement on a créé ce Low Tech Lab, une sorte de campus ouvert où chacun peut venir fabriquer l’objet ou l’outil dont il a besoin ! Ici tu peux partager tes connaissances, apprendre, aider, conseiller! “
Au Low Tech Lab, on fabrique des fours solaires. Certes, ça prend plus de temps pour cuire le repas, mais ça n’a pas d’importance car la communauté autour du Lien a revu son rapport au temps ! On ne “travaille plus”, on coopère, on échange, on fait du troc ! Je vous rassure, nous avons toujours des médecins et l’hôpital fonctionne encore ! La communauté a décidé de concentrer les hautes technologies à l'hôpital, pour le soin. Les ressources et les énergies ont été attribuées en fonction des priorités qui ont été décidées en collectif. La médecine a ainsi été jugée primordiale.
Pour l’agriculture, nous avons choisi de nous réapproprier la terre, la culture. Les quelques tracteurs qu’il nous reste sont utiles pour les travaux de force ! Nous avons trafiqué le moteur, ils roulent maintenant au biogaz produit dans nos fermes. Mais pour autant, on ne fait pas n’importe quoi avec ! Uniquement les travaux nécessitant une aide mécanique. Pour le reste, nous avons repris la Terre aux machines !
Nous avons également une université du Temps Libre ! J’imagine que comme vous, l’arrêt des écrans, de Netflix et d’internet vous a libéré du temps ! Au début, les gens traînaient dans la rue, des associations se sont créées pour occuper ces gens, leur réapprendre à jouer ensemble, à découvrir des choses ensemble ! Ici le Low Tech Lab a joué un grand rôle dans cette reprise en main !
Nous ne savions pas quoi faire de ce temps libre ! Puis il a fallu faire société ensemble, tout réapprendre, ça nous a grandement occupés ! Maintenant que nous sommes organisés, nous avons notre université du temps libre pour ne rien faire. Écouter le silence dans nos transat, compter les mouches voler, quelques minutes suspendues !
Ainsi mes amis, je suis heureux au Lien. Je repense à Marion lorsque j’allume une bougie. Je me dis que j’étais bien aveuglé par cet ancien monde, et qu’une bougie illumine bien plus mon monde aujourd’hui que mon .. comment appelait -on ça déjà ? ah oui, bien plus que mon téléphone portable à l’époque !
Si l’un d’entre vous se sent l’âme d’un voyageur, je vous laisse cette carte des Archipels. A l’époque où elle a été réalisée, Le Lien n’existait pas, mais je vous la laisse afin que vous puissiez y inscrire vos propres îlots de résilience !
Un texte écrit par Anne-Sophie Ketterer
Si ce récit vous a plu, vous pouvez continuer votre lecture avec ce récit prospectif, fruit des travaux d’un groupe de travail prospectif piloté par L’Institut Paris Region et l’Adeupa, en lien avec les experts des Low Tech, Philippe Bihouix d’AREP et Quentin Mateus du Low Tech Lab.
Et l’expédition continue !
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Partez à l'aventure !
Pour découvrir encore plus de Low Tech, partez avec le Nomade des Mers dans un tour du monde des Low Tech. Disponible sur Youtube ou sur Arte en VOD.
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Lisez !
Nous vous recommandons le hors-série de Socialter pour aller plus loin sur les Low Tech. Une réflexion sur notre rapport à la technologie.
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Expérimentez !
Pour vous lancer dans les Low Tech, nous vous recommandons le “Wiki Low Tech” du Low tech Lab. Vous y trouverez tous les tutos pour fabriquer vos frigos, cuiseurs, générateurs de biogaz etc…